Histoire érotique : le dernier créneau de la piscine

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Histoire érotique : le dernier créneau de la piscine

Onze ans ensemble, un abonnement à la piscine municipale et un créneau du mardi soir. Ce que je retiens de ce soir-là, ce n'est pas le bassin. Ce sont les quarante minutes entre le moment où nous avons compris et celui où nous avons pu faire quelque chose — et tout ce que le chlore, l'écho et un carrelage mouillé décident à votre place.

Le dernier créneau

Nous nageons le mardi, à vingt heures quinze. C'est le dernier créneau public, celui que personne ne choisit vraiment : il faut sortir de table trop tôt ou manger trop tard, et on rentre les cheveux humides un soir de semaine. Marin l'a pris il y a quatre ans pour son dos. J'ai suivi parce que je n'aime pas rentrer seule, et c'est resté.

Ce qui se passe à vingt heures quarante-cinq dans une piscine municipale, peu de gens le connaissent. Le bassin se vide d'un coup. Les enfants du cours de perfectionnement sont partis à vingt heures trente, les nageurs sérieux rangent leurs plaquettes, et il reste trois ou quatre personnes qui font des longueurs sans regarder personne. La lumière ne change pas mais le bruit, si. Le grand écho des voix disparaît. On entend l'eau.

Ce mardi-là, il restait un homme dans la ligne rapide et une femme qui marchait dans le petit bain. Marin s'est arrêté au bout de sa longueur, les avant-bras posés sur le rebord, et il a attendu que j'arrive. Je suis arrivée. Je me suis arrêtée à côté de lui, de la même façon, les avant-bras sur le carrelage tiède, en reprenant mon souffle.

Il n'a rien dit. Il a tourné la tête vers moi et il a gardé les yeux dessus une seconde de trop. Onze ans, on sait lire une seconde de trop. J'ai senti quelque chose se déplacer dans ma poitrine, exactement comme à vingt-sept ans, et ma première pensée a été parfaitement idiote : nous sommes dans une piscine municipale à vingt heures cinquante et il y a un maître-nageur à six mètres.

La deuxième pensée est venue une seconde après, et c'est elle qui a fait le reste de la soirée : il va falloir attendre.

Je précise pour ceux qui ne fréquentent pas les bassins municipaux à cette heure-là : le maître-nageur du dernier créneau ne surveille pas de la même manière. Il commence à ranger. Il remonte la ligne d'eau du couloir de nage lente, il aligne les frites dans le chariot, il fait deux fois le tour du bassin en regardant l'eau. Il est moins attentif aux nageurs et beaucoup plus présent dans l'espace. On le croise. On lui dit bonsoir. Rien de ce qui se passe entre deux personnes à ce moment-là ne lui échappe vraiment, et c'est très bien ainsi.

Ce qu'on ne peut pas se dire dans un bassin

On croit qu'une piscine est un endroit bruyant où personne n'entend rien. C'est l'inverse, et il suffit d'y être un soir après vingt heures quarante-cinq pour le découvrir. Les murs sont carrelés, le plafond est haut, il n'y a pas un rideau ni un tapis pour absorber quoi que ce soit. Quand le fond sonore tombe, tout porte. Une femme a demandé l'heure à l'autre bout du bassin et je l'ai entendue comme si elle était à côté de moi.

Alors on ne se parle pas. Ou plutôt : on se parle avec quatre mots maximum, sur un ton parfaitement neutre, et le reste passe par autre chose. Marin a dit « encore deux » en montrant le mur du fond. J'ai dit « d'accord ». Nous avons fait deux longueurs. Je crois que je n'ai jamais nagé aussi mal.

Cette contrainte-là m'a paru absurde sur le moment et elle m'a beaucoup occupée depuis. L'endroit où nous étions était exactement l'endroit où il aurait fallu pouvoir se parler — se demander ce qu'on veut, vérifier qu'on est deux à vouloir la même chose, choisir un moment. Et c'était le seul endroit de la soirée où c'était matériellement impossible.

Nous avons fini par en tirer une habitude, que nous n'avions pas décidée ce soir-là mais qui s'est installée ensuite. Dans un endroit où l'on ne peut pas parler, il faut avoir convenu des mots avant d'y entrer. Pas un code élaboré : deux ou trois formules parfaitement banales, qu'on peut prononcer devant n'importe qui sans que personne ne se retourne, et qui veulent dire quelque chose de précis pour l'autre. Nous en avons trois aujourd'hui. Elles se sont décidées dans une cuisine, pas dans un vestiaire.

Et il faut que l'une d'elles veuille dire non. C'est la partie que je n'aurais pas eu l'idée de prévoir avant ce mardi-là : dans un lieu où répondre demande un effort, un silence peut passer pour un accord. Ce n'en est pas un. Nous avons donc une formule pour dire que ce n'est pas le soir, et elle a servi depuis, deux fois, sans que cela pose le moindre problème à personne.

Nous avons une phrase, depuis des années, pour les moments où l'un des deux propose quelque chose : « tu me diras ». Ce n'est pas un code érotique, c'est une habitude d'ancien couple. Elle veut dire : je te propose, tu n'as pas à répondre maintenant, et un non ne demande pas d'explication. Ce soir-là, elle n'a été prononcée qu'une fois, et pas dans l'eau.

Le vestiaire, et ce qui ne s'y passe pas

Un homme et une femme face a face dans le couloir des casiers d un vestiaire de piscine, rhabilles, les cheveux encore mouilles, une sangle de sac en toile sur l epaule, la rangee de casiers vert d eau floue derriere eux
Le couloir des casiers, une fois rhabillés et les cheveux encore mouillés. Deux mots suffisent — l'écho du vestiaire se charge du reste.

Le vestiaire d'une piscine municipale est le lieu le moins romanesque que je connaisse. Le carrelage est mouillé partout, il y a trois centimètres d'eau devant les douches collectives, et le son y est pire que dans le bassin : chaque porte de cabine qui claque résonne pendant deux secondes. On y entend tousser quelqu'un qu'on ne voit pas. On y entend une pièce de monnaie tomber d'un casier à l'autre bout.

Je sais très bien ce que raconte la moitié des histoires qu'on lit sur les piscines : le rideau qu'on tire, la cabine, le silence complice. Je vais être franche. Ces cabines font quatre-vingts centimètres de large, la porte s'arrête à trente centimètres du sol, et la personne du casier voisin entend tout. Il ne s'est rien passé dans cette cabine, et il ne pouvait rien s'y passer.

Il y a autre chose, dont on ne parle jamais et qui règle la question à elle seule : l'humidité. On sort de l'eau, on est trempé, et le vestiaire est un endroit où tout est froid et mouillé. Le carrelage sous les pieds nus. Le banc en lattes de plastique. La serviette qui a servi à s'asseoir et qui ne sèche personne. On a la chair de poule, on cherche ses chaussettes dans un sac, et le corps n'a strictement qu'une envie, qui est d'avoir chaud. Le désir ne disparaît pas — il attend, comme nous.

Ce qui s'est passé tient en trois secondes. Nous nous sommes retrouvés dans le couloir des casiers, tous les deux habillés, les cheveux mouillés, chacun avec un sac. Marin a dit : « on rentre. » Deux mots. Il les a dits en me regardant, et il a attendu. C'était une proposition, pas une décision — et j'ai compris à ce moment-là que « tu me diras » avait déjà été prononcé, silencieusement, au bord du bassin.

J'ai dit oui. Nous sommes sortis.

Les quarante minutes

Il y a quarante minutes entre le tourniquet de la piscine et notre porte d'entrée. Douze minutes de marche jusqu'à la voiture parce que le parking est plein le mardi, vingt-deux minutes de route, six minutes pour se garer et monter. Je les ai comptées ce soir-là, ce qui est déjà un aveu.

Quarante minutes, ce n'est rien et c'est énorme. On ne peut pas se toucher, on conduit. On ne peut pas vraiment parler de ce à quoi on pense, parce que l'énoncer à voix haute dans une voiture arrêtée à un feu rouge le rendrait ridicule. Alors on parle d'autre chose, très mal, avec des phrases qui ne vont nulle part. Marin a commenté un chantier. J'ai répondu quelque chose sur le chantier. Nous étions parfaitement au courant tous les deux.

Et pendant ce temps, le corps fait son travail à lui, qui n'a rien de romanesque non plus. Les cheveux mouillés refroidissent la nuque. Le maillot humide dans le sac commence à sentir. La peau tire — ce chlore que tout le monde décrit par son odeur et que personne ne décrit par ce qu'il fait réellement : il assèche. Une heure après une longue nage, l'intérieur des bras devient rêche, et ce n'est ni agréable ni anodin.

C'est là que j'ai compris quelque chose que je n'avais jamais formulé. Tout ce que je lisais sur l'eau et le désir partait du principe que l'eau aide. Elle n'aide pas. Elle emporte. Ce qui vaut sous une douche vaut dans un bassin, en pire : l'eau rince tout ce que le corps produit, et elle rince aussi tout ce qu'on pourrait vouloir ajouter. Rien ne reste. Ce soir-là, l'attente n'était pas de la frustration mise en scène : c'était une contrainte matérielle, et elle était juste.

La douche, chez nous

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Le rebord de notre lavabo, au retour. Deux flacons qui n'ont pas l'air d'appartenir à la même histoire, et qui ont fini par y appartenir.

Nous sommes rentrés. Nous avons fait ce que nous faisons tous les mardis, dans le même ordre, et c'est la seule fois de ma vie où cet ordre m'a paru long : les sacs dans l'entrée, les maillots étendus sur le radiateur de la salle de bain, la douche.

La douche du retour de piscine n'est pas une douche. C'est un rinçage. On enlève le chlore, on se frotte, et on constate ce que la peau est devenue. Ce soir-là je suis restée un peu plus longtemps que d'habitude sous l'eau chaude, et Marin est entré dans la salle de bain sans rien demander, ce qu'il ne fait jamais.

Sur le rebord de notre lavabo, il y a trois choses qui n'ont pas l'air d'appartenir à la même histoire, et qui ont fini par y appartenir. Un soin hydratant, parce que le chlore deux fois par semaine finit par se voir. Deux flacons, dont l'un a été acheté pour une raison très précise : quand on sort de l'eau, ou qu'on est dedans, ce que la plupart des gens ont chez eux ne sert à rien. Un gel à base d'eau se dissout dans l'eau. C'est aussi simple que ça, et personne ne le dit.

C'est en cherchant pourquoi que nous avons trouvé l'explication du silicone, et la petite ironie qui va avec : c'est la seule situation où l'on recommande précisément ce qu'on déconseille partout ailleurs. Ce rayon-là existe pour l'eau, et nous ne l'avions jamais regardé en onze ans.

Boîte rose et flacon compte-gouttes ambré du sérum hydratant intime Fem Drops de Secretplay, vus de face sur fond blanc
Le chlore assèche : c'est le premier flacon qu'on a acheté, et le moins romanesqueSérum hydratant intime Fem Drops, huiles végétales, 15 ml — Secretplay20,99 €
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Le seul qui ne se dilue pas dans l'eau — c'est tout ce qu'on lui demandeLubrifiant silicone Basic concentré sans parfum, 100 ml — Pjur16,95 €
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Celui de tous les autres soirs, quand il n'y a pas d'eau dans l'histoireLubrifiant intime Play Original base eau, 50 ml — Durex9,99 €

Ce que l'eau ne permettait pas

Je ne vais pas raconter ce qui s'est passé ensuite dans la chambre. Pas par pudeur : parce que c'est la seule partie de la soirée qui ressemble à celle de tout le monde, et que ce n'est pas elle qui m'a appris quelque chose.

Ce que je peux dire, c'est ce que nous avons remarqué tous les deux après coup, et dont nous avons ri le lendemain. Tout ce qui nous avait été interdit pendant quatre-vingt-dix minutes était redevenu possible d'un seul coup, et cela faisait beaucoup de choses à la fois : parler, s'appuyer sur quelque chose de stable, prendre son temps, faire du bruit. Dans un bassin, on tient debout dans une eau qui vous déséquilibre, on ne s'appuie sur rien, et la moitié de l'attention part dans ce travail-là. Sur un lit, l'attention est libre. C'est bête et c'est décisif.

Sur l'appui, je veux être précise, parce que c'est la chose que j'ai le plus souvent repensée. Dans un bassin, même dans le petit bain, on ne pose jamais tout son poids. L'eau vous soulève d'un côté, le carrelage glisse de l'autre, et la moindre pression sur quelqu'un vous éloigne de lui au lieu de vous en rapprocher — c'est de la physique élémentaire et personne ne l'écrit. Il faut donc en permanence une main pour tenir le rebord, une jambe pour caler, un calcul. Ce calcul occupe exactement la place qu'on voudrait consacrer à autre chose.

Le tiroir de la table de nuit n'a pas été ouvert ce soir-là, pour être honnête. Il l'a été le mardi suivant, et c'est presque plus intéressant : la conversation du retour avait créé une envie de chercher, et nous avons passé un dimanche entier à regarder ce qui se pilote à deux avec le sérieux de gens qui achètent une machine à laver. Nous avions onze ans de vie commune et nous n'avions jamais fait ça.

Nous avons appris deux ou trois choses au passage, dont une qui nous a fait sourire : la différence entre les deux familles de gels ne se joue pas du tout où nous le pensions, et un objet en silicone n'aime pas être frotté avec un gel de la même matière. Ce genre de détail ne s'invente pas, et il ne se devine pas non plus.

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Le mardi d'après, et la baignoire

Nous sommes retournés nager le mardi suivant. Même créneau, même homme dans la ligne rapide. Il ne s'est rien passé, et nous avons nagé correctement tous les deux, ce qui est un progrès.

En revanche, quelque chose avait changé dans la manière dont nous parlions de l'eau. Nous avions compris qu'un bassin public est un lieu où l'on peut désirer et où l'on ne peut rien faire — et que ce n'est pas un problème à résoudre, c'est une donnée. Il y a un maître-nageur, un règlement affiché à l'entrée, des familles, et des gens qui viennent nager. Ce lieu ne nous appartient pas. Ce qui s'y passe de mieux, c'est ce qui commence.

Je le dis sans détour parce que la question se pose et qu'on ne la lit jamais : il y a des caméras dans le hall et à l'entrée des vestiaires, il y a des gens dont c'est le lieu de travail, et il y a des familles qui viennent le mardi parce que c'est le créneau le moins cher. Rien de ce que nous aurions pu faire dans ce bassin n'aurait concerné que nous deux. C'est la seule raison qui compte, et elle se suffit : elle n'a rien à voir avec la pudeur.

Alors nous avons rapatrié l'eau chez nous. Notre baignoire est une baignoire normale, un peu courte, dans une salle de bain sans fenêtre. Elle a deux avantages que le bassin municipal n'aura jamais : la porte ferme, et le sol est à trente centimètres.

C'est ce qui nous a menés au dernier achat de cette histoire, et à une vérification que je ne pensais jamais faire de ma vie. Un objet qui va dans l'eau doit le dire lui-même, avec un mot précis — un indice de protection, ou « étanche » écrit noir sur blanc — et pas seulement « résistant aux éclaboussures », qui ne veut pas dire la même chose. Le rayon qui l'affirme est plus petit qu'on ne croit. Quant au gel, le guide le dit sans détour : dans une baignoire, c'est le silicone ou rien, et le gel à base d'eau reste pour le lit, où il fait très bien son travail.

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Ce que le bassin nous a appris

Je repense souvent à ces quarante minutes, et pas du tout avec regret. Elles ont fait quelque chose qu'une soirée normale ne fait pas : elles ont séparé le moment où l'on comprend du moment où l'on peut. Entre les deux, il n'y avait rien à faire qu'attendre, et regarder l'autre conduire.

Ce qui m'a le plus surprise, c'est le nombre de choses matérielles qui se sont invitées dans une histoire que je croyais sentimentale. Le chlore qui assèche et qui impose une douche avant tout le reste. Un carrelage qui renvoie l'écho et qui rend la parole impossible là où elle serait le plus utile. Une eau qui emporte tout au lieu d'aider. Un maillot qui sèche sur un radiateur pendant qu'il se passe autre chose dans la pièce d'à côté. Et l'entretien de ce qu'on rapporte du bain, qui est le moins glorieux de tous les sujets et le plus utile.

Marin dit que nous avons simplement découvert ce que tout le monde sait. Je ne crois pas. Ce qui s'explique quelque part ne s'explique presque jamais pour l'eau, et sûrement pas pour une piscine municipale à vingt heures cinquante. J'ai lu beaucoup d'histoires de piscine depuis. Elles racontent toutes la même chose : quelqu'un entre dans l'eau, quelqu'un s'approche, et la scène se passe dans le bassin ou dans une cabine. Aucune ne raconte le trajet du retour. Aucune ne dit qu'il faut attendre, ni pourquoi.

Si j'ai posé celle-ci dans la rubrique où se rangent ces récits, c'est pour l'intervalle. C'est la seule partie de la soirée que je n'avais lue nulle part, et c'est la seule dont je me souviens en entier.

Je ne me rappelle pas la couleur du maillot que je portais ce mardi-là, ni ce que nous avons mangé en rentrant — probablement rien. Je me rappelle deux avant-bras posés sur un rebord de carrelage tiède, deux mots dans un couloir de casiers, et vingt-deux minutes de route pendant lesquelles nous avons parlé d'un chantier.

À lire ensuite

Alvaro Benitez, rédacteur bien-être intime chez Intimae

À propos de l'auteur · Alvaro Benitez

Rédacteur bien-être intime chez Intimae

Alvaro écrit les guides et les récits d'Intimae. Les histoires publiées ici sont des fictions : les personnages et les situations sont inventés, les objets qui y apparaissent sont réels et viennent du catalogue de la boutique.

Envie de rapatrier l'eau chez vous ?

Rien de ce que raconte cette histoire ne se passe dans le bassin : le bassin sert à commencer. Le reste tient sur un rebord de lavabo et au bord d'une baignoire. Voir le rayon salle de bain ou le guide pour choisir.

Questions fréquentes

Pourquoi le lubrifiant ne fonctionne-t-il pas dans l'eau ?

Parce qu'un gel à base d'eau se dissout dans l'eau : c'est la même matière, elle se disperse en quelques secondes. Et l'eau du bassin emporte aussi la lubrification naturelle au lieu de l'apporter, contrairement à ce que l'on imagine. Dans un bain ou une douche, seuls les gels à base de silicone tiennent, parce qu'ils ne se mélangent pas à l'eau.

Que fait le chlore à la peau, concrètement ?

Il assèche. Une heure après une longue nage, l'intérieur des bras et les jambes deviennent rêches, et la sensation de peau qui tire dure jusqu'à la douche. Ce n'est pas anodin quand on envisage autre chose ensuite : c'est même la raison pour laquelle la douche du retour vient avant tout le reste, et pourquoi un soin hydratant finit par apparaître sur le rebord du lavabo.

Pourquoi est-il si difficile de se parler dans une piscine ?

Les murs sont carrelés et le plafond est haut : rien n'absorbe le son. Quand le bassin se vide, en fin de créneau, le fond sonore tombe et tout porte — une question posée à l'autre bout s'entend distinctement. Les vestiaires sont pires encore. C'est le paradoxe du lieu : celui où l'on aurait le plus besoin de se parler est celui où c'est le moins possible.

Comment se mettre d'accord quand on ne peut pas parler ?

En convenant des mots avant d'entrer. Deux ou trois formules banales, qu'on peut dire devant n'importe qui sans que personne ne se retourne, et qui veulent dire quelque chose de précis pour l'autre. L'essentiel est qu'une de ces formules veuille dire non : dans un endroit où répondre demande un effort, un silence peut passer pour un accord, et ce n'en est pas un.

Peut-on faire l'amour dans une piscine publique ?

Non. Un bassin municipal est un lieu ouvert au public : il y a un maître-nageur, des caméras dans les halls, un règlement affiché et d'autres usagers, dont des familles. Rien de ce qui s'y passerait ne concernerait uniquement deux personnes, et c'est la seule raison qui compte. Ce récit garde donc l'eau comme lieu du désir, jamais de l'acte.

Pourquoi est-ce si compliqué à deux dans l'eau, même chez soi ?

Parce qu'on ne s'appuie sur rien. L'eau vous soulève d'un côté, le carrelage glisse de l'autre, et toute pression sur quelqu'un vous en éloigne au lieu de vous en rapprocher. Il faut donc en permanence une main pour tenir un rebord et une jambe pour caler. Ce calcul occupe exactement l'attention qu'on voudrait consacrer à autre chose.

Comment savoir qu'un objet supporte vraiment l'eau ?

En cherchant une mention précise sur la fiche : un indice de protection de type IPX7, ou le mot « étanche » écrit tel quel. « Résistant aux éclaboussures » ne veut pas dire la même chose et ne suffit pas pour un bain. C'est une vérification de trente secondes, et elle évite d'abîmer un objet dès le premier usage.